Les maladies chroniques et le vieillissement actif et en bonne santé

Les maladies chroniques majeures (maladies cardiovasculaires, cancer, maladies respiratoires chroniques et diabète) ont été définies par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 2008. Leur incidence, mortalité et coût sanitaire induit augmentent, ce qui leur confère le rang inquiétant de premier problème de santé du 21ème siècle en France et dans le monde (Nations Unies, OMS et Union Européenne, 2010 et 2011). L’Union Européenne (DG Sanco) a aussi ajouté les maladies de l’appareil locomoteur et celles liées à la santé mentale.

La Région Languedoc-Roussillon (LR) est un acteur d’excellence dans la lutte contre les maladies chroniques grâce aux services cliniques des CHRU de Montpellier et du CHU de Nîmes, au réseau de soins de santé primaire, et, au tissu scientifique reconnu au plan national (Inserm, CNRS, LABEX, EQUIPEX, CR2I, SAS) et international.

L’Union européenne connaît un vieillissement démographique considérable. À compter de 2012, la population européenne en âge de travailler va commencer à se réduire, tandis que la population de plus de 60 ans poursuivra sa progression.

Cette évolution met en péril la durabilité des finances publiques dont le financement des soins de santé. 2012 est l’année européenne du vieillissement actif qui vise aussi à encourager le vieillissement en bonne santé. Les maladies chroniques jouent un rôle très important dans le vieillissement.

Les maladies chroniques, un enjeu majeur du vieillissement actif

L’augmentation de l’espérance de vie s’accompagne d’un changement des principales causes de morbidité et de mortalité, plus de 70 % étant imputables aux maladies chroniques. L’augmentation des personnes atteintes de maladies chroniques génère de nouveaux risques liés aux interactions entre de multiples pathologies (comorbidités) et aux altérations fonctionnelles liées à l’âge.

Les technologies de l’information et de la communication, aujourd’hui encore sous-utilisées offrent un potentiel à exploiter dans les maladies chroniques. Leur utilisation pour aider au suivi de la prise en charge à domicile est un axe prometteur pour limiter les dépenses, favoriser l’émergence de nouvelles organisations de soins plus efficaces et atteindre les objectifs fixés par l’Union Européenne pour le vieillissement actif et en bonne santé.

Le partenariat européen d’innovation pour le vieillissement actif et en bonne santé

Le partenariat européen d’innovation pour le vieillissement actif et en bonne santé (European Innovation Partnership on Active and Healthy Ageing (EIP on AHA, DG Sanco et DG CNECT, http://ec.europa.eu/research/innovation-union/index_en.cfm?section=active-healthy-ageing) vise à développer une approche globale axée sur une prise en charge optimisée à identifier et éliminer les obstacles persistants à l'innovation pour un vieillissement actif et en bonne santé à travers des approches interdisciplinaires et intersectorielles.Il a pour objectif d’augmenter de 2 ans les années de vie en bonne santé (Healthy Life Years) des citoyens de l'Union Européenne.

L’EIP on AHA a identifié une série de plans d’action, regroupées en trois piliers (A : prévention, B : dépistage et diagnostic précoce, C/D : vieillissement actif et vie autonome).

 

  • A1 : Adhérence aux prescriptions de médicaments. Aujourd’hui seuls un quart des sujets âgés ayant une maladie chronique avec co-morbiditiés prennent correctement leur traitement. La Commission propose de développer des approches innovantes dans au moins 30 régions pour améliorer l’adhérence aux traitements.

  • A2 : Prévention des chutes. Les chutes représentent une morbidité et une mortalité très importantes chez les sujets âgés. Elles sont aussi responsables de perte d’autonomie. Un programme de prévention des chutes et d’un diagnostic précoce devrait être lancé dans au moins 10 pays d’Europe en 2015. La télémédecine doit pouvoir aider à détecter et prévenir les chutes. Des programmes de réhabilitations seront mis en place.

  • A3 : Fragilité et malnutrition. Un programme pour la prévention du déclin fonctionnel et de la fragilité doit être mis en place chez au moins 1000 personnels de santé pour 2015.

  • B3 : Prise en charge intégrée des soins pour les maladies chroniques avec co-morbidités. Des programmes pour les sujets âgés seront mis en place dans au moins 20 régions pour 2015. Ces programmes seront focalisés sur l’intégration des soins par les professionnels de santé et sociaux. Ils inclueront la télémédecine.

  • C2 : Vie autonome. La mise en place et l’intégration de solutions inter-opérables pour maintenir les sujets âgés à domicile doit inclure un ensemble de mesures comme les contacts sociaux, les alarmes fonctionnelles et divers services à domicile. Les sujet âgés doivent apprendre à utiliser les applications de télémédecine faciles à comprendre pour prévenir la solitude, l’isolation sociale ou l’admission prématurée à une maison de retraite.

  • D4 : Environnement adapté aux personnes âgées, appartements thérapeutiques et villes amies. Les villes, villages et les zones publiques doivent s’adapter aux personnes âgées et/ou handicapées pour permettre à toute personne de ne pas rester confinée chez elle.

La Commission européenne a lancé un appel de déclarations d'intention pour les candidatures de « Site de référence » dans le cadre de l’EIP on AHA. Ces centres sont définis comme des régions, villes ou organisations intégrées entre les hôpitaux et les soins de santé primaires qui procureront une approche innovante et globale pour améliorer le vieillissement actif et en bonne santé. Ils doivent intégrer plusieurs actions.

La Commission a aussi lancé un appel d’offre concernant les « Engagements pour action » (Commitment for Action). La Région Languedoc Roussillon a répondu aux deux appels d’offre.

Les soins de santé primaire et les patients au centre du système de soins

Le Rapport sur la santé dans le monde de 2008 (OMS) a lancé un débat mondial sur l’efficacité des soins de santé primaires afin de réorienter les systèmes de santé nationaux. « Aujourd’hui, même dans les pays les plus développés, les systèmes de santé sont loin d’atteindre les objectifs: une meilleure santé, moins de maladie, plus d’équité et une amélioration de la performance des systèmes de santé. L’une des plus grandes inquiétudes concerne le coût des soins de santé. La source du problème réside dans le fait que les systèmes de santé et les programmes de développement sanitaire se sont mués en une mosaïque de composantes. » « Les soins de santé sont souvent dispensés selon un modèle qui se concentre sur les maladies, sur les technologies de pointe et sur les soins spécialisés, la santé étant considérée comme le résultat d'interventions biomédicales et le pouvoir de la prévention largement ignoré. » « Avant toute chose, les soins de santé primaires offrent le moyen d’organiser la gamme complète des soins, du foyer à l’hôpital, en donnant autant d’importance à la prévention qu’à la guérison et en investissant les ressources de manière rationnelle aux différents niveaux de soins.”

L’objectif ultime des soins de santé primaires est une meilleure santé pour tous. L’OMS a recensé cinq éléments clés pour parvenir à cet objectif (http://www.who.int/topics/primary_health_care/fr):

 

  • Réduire l’exclusion et les disparités sociales dans le domaine de la santé;
  • Intégrer la santé dans tous les secteurs;
  • Organiser les services de santé autour des besoins et des attentes des populations;
  • Suivre des modèles de collaboration et de dialogue politique;
  • Et augmenter la participation des acteurs concernés.

 

Objectifs de MACVIA-LR

  • Sous l’égide du Président de la Région Languedoc Roussillon, le projet de l’Université Montpellier 1, du CHRU de Montpellier, du CHU de Nîmes et des acteurs publics et privés a été proposé au Partenariat européen d’Innovation pour un Vieillissement Actif et en Bonne Santé (Site de Référence et Plans d’Action A2, B3 et D4) DG Sanco et DG CNNECT http://ec.europa.eu/research/innovation-union/index_en.cfm?section=active-healthy-ageing) pour faire du LR une région pilote et d’excellence dans la lutte contre les maladies chroniques dans le cadre du vieillissement en bonne santé.

  • Le projet intègre les activités de soins, recherche clinique et translationnelle, enseignement et valorisation au vu de la réorganisation territoriale de l’offre de soins dans la Région LR. Il a pour but principal de réduire les hospitalisations non programmées pour les maladies chroniques chez les sujets de plus de 65 ans de 30% dans le LR d’ici 2020 en restructurant à l’échelle territoriale la recherche en santé centrée sur le patient atteint de maladie chronique.

MACVIA-LR, un site de référence du Partenariat européen d’innovation pour un vieillissement actif et en bonne santé

Le 2 mars 2012, l’EIP on AHA   a lancé plusieurs appels d’offre pour un Plan Stratégique. Le LR a répondu à l’Expression d’Intérêt pour les Sites de Référence Candidats (Plan d’action A1, A2, A3, B3, C2 et D4) et les Engagements pour Action A2, B3 et D4.

Plan d’Action A1

Les pharmaciens représentent un atout important du système de soins français. Une interaction avec l’Ordre des Pharmaciens, les associations professionnelles et les maîtres de stages a été initiée, en particulier pour intégrer le Dossier Pharmaceutique® au projet et pour une meilleure adhérence au traitement des personnes âgées. Les autres acteurs des soins aux personnes âgées (aides soignantes et autres) sont aussi impliqués pour optimiser les soins à domicile.

Plan d’Action A2

La clinique de la prévention des chutes fonctionne au CHRU de Montpellier et sera déployée dans les CHG de la Région. L’information sera faite au niveau des médecins de la région mais aussi des pharmaciens. Un réseau de soins doit être établi pour prévenir les chutes.

Plan d’Action A3

Le projet Trans-Innov-Longevité assure le deploiement d’un enseignement à distance pour la formation aux nouveaux métiers dans le champ du vieillissement et prévenir la fragilité. Le parcours de santé des personnes âgées en risque de perte d’autonomie (PEARPA) rentre aussi dans le cadre du plan d’action A3.

Plan d’Action B3

  • Offre de soins intégrée et complémentaire pour les maladies chroniques avec co-morbidités (CHRU de Montpellier): le projet très avancé de réseau informatique sur i-phone peut être intégré à un projet de soins intégrés chez les patients atteints de maladies chroniques âgés ayant une évaluation au CHRU et suivis par télémédecine en soins de santé primaires. Ce projet est fondé sur une offre de soins innovante et coordonnée pour les maladies chroniques et la gériatrie (clinique des co-morbidités, clinique des chutes, clinique des maladies neurodégénératives chroniques, clinique de l’appareil locomoteur, Clinique du VIH). La clinique des co-morbidités est originale car elle permet d’évaluer un patient atteint de maladie chronique en une journée et de proposer une approche thérapeutique en association avec les soins de santé primaire. L’informatisation du système est opérée par le système DXCare et IPSoins®.

 

  • DeProPASS (CHU de Nîmes): Un des problèmes de santé de la Région est le manque de moyens médicaux dans les cantons de l’arrière pays. En partenariat avec les Maisons Médicales du Gard, le CHU de Nîmes propose un dépistage des maladies chroniques à distance (projet DeproPASS). Il est en ligne avec la clinique des co-morbidités du CHRU de Montpellier. Une « valise » maladies chroniques est en gestation et un médecin pourrait se déplacer pour « aller vers les patients » des zones peu médicalisées pour détecter les maladies chroniques. Les patients seraient alors suivis par télémédecine. Ce projet pilote permettra d’étendre l’offre de soins aux autres maisons de santé pluriprofessionnelles de la Région et de couvrir les zones peu médicalisées.

 

Plan d'Action C2

Le parcours de soin pour les maladies chroniques et le vieillissement actif et en bonne santé nécessite des propositions innovantes intégrant les acteurs publics et privés autour des soins en santé primaire et l’implication des patients. Ce parcours de soin doit être applicable à l’ensemble de la Région tenant compte des inégalités sociales et géographiques ainsi que de la stratégie régionale de l’accès aux soins pour tous.

Plan d’Action D4

Le Pôle Autonomie Santé (PAS) de la ville de Lattes est un lieu de référence sur les aides techniques et technologiques avec la mise en place d’un appartement thérapeutique pour la formation du personnel aidant les personnes âgées ou handicapées et la formation professionnelle avec l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité). Le PAS se situe sur le périmètre du projet ECOCITE et de la Cité Intelligente (Smart City), projet phare de l’Agglomération de Montpellier qui peut servir de lieu d’expérimentation grandeur réelle.

 

Mise en place du projet 

  • jusqu’à 2015 : Mise en place de programmes de soins intégrés incluant la recherche, les soins et l’enseignement ainsi que la télémédecine pour les patients âgés (≥65 ans) dans au moins 50 régions et disponible pour au moins 10% de la population de la région.

  • 2015-2020: Selon des modèles validés et fondés sur l’évidence, amplification du projet dans 20 régions de 15 Etats Membres par des services et des outils innovants.

Dans ce projet, il est indispensable de réunir les forces des partenaires privés ou publics (ARS, Assurance Maladie, assurances privées, patients et industriels) pour une organisation de l’hospitalisation et des soins primaires en articulant formation et recherche avec l’organisation de l’offre de soins. Une forte valorisation est attendue.

Ces projets représentent des pilotes en vie réelle qui permettront de répondre aux maladies chroniques et au vieillissement actif pour tous sur le territoire français avec un déploiement européen et mondial grâce à l’EIP on AHA et les interactions avec l’OMS.

Partenariat privé-public 

Ces projets sont réalisés en étroite collaboration avec le tissu industriel régional dont Sanofi, IBM et Horiba. Des petites et moyennes entreprises sont des intervenants importants pour répondre aux problèmes du vieillissement actif et permettre un développement économique de la Région selon les souhaits de l’EIP on AHA. Ce partenariat se fera en collaboration avec le cluster de compétitivité Eurobiomed qui a déposé un plan d’action et le Centre de Recherche et d’Innovation Industrielle (CR2i) DiagnosTIC-Santé.

Des indicateurs précis et mesurables

L’EIP on AHA propose des indicateurs pour mesurer l’efficacité du programme. Le premier est la diminution des hospitalisations non programmées pour maladies chroniques. Le pourcentage de réduction est ambitieux mais raisonnable et facilement mesurable. D’autres indicateurs comme le HLY (Healthy Life Years) au niveau régional sont en discussion en collaboration avec la Joint Action EHLEIS (European Health &Life Exeptancy information system : www.healthindicators.eu).

L’enseignement et la dissémination, atouts du site de référence

L’enseignement est un atout essential du site de référence. Il s’adresse à tous les partenaires du projet et en particulier aux patients. Les associations de patients sont impliquées dans ce projet pour une meilleure connaissance des maladies chroniques sur le plan de la prévention et de la prise en charge, et, pour un engagement des patients dans l’innovation. Ce projet sera fondé sur les enseignements d’excellence de la Région et sur les programmes innovants de télémédecine. Il représentera un programme transversal pour les professionnels de santé (enseignement universitaire et post-universitaire), les chercheurs et les travailleurs sociaux incluant en particulier le Master Maladies Chroniques et Société (Université Montpellier 1) et le projet Trans-Innov-Longevité (ANR).

Auprès du grand public et des média, le terme « maladie chronique » est mal connu. Il est donc indispensable d’offrir un programme transversal pour mieux faire comprendre ces maladies, leurs co-morbidités et facteurs de risque. Il convient aussi d’intégrer dans ce projet la notion de « vieillissement actif et en bonne santé » qui est associé aux maladies chroniques. L’activité physique sera promue.

La recherche

La recherche du site de référence est innovante car elle combine une recherche d’excellence avec le patient au centre de la recherche. Elle est d’abord fondée sur une offre de soins innovante et l’inclusion de patients parfaitement phénotypés et suivis par télémédecine dans des cohortes, en particulier, les cohortes de patients inclus dans des maisons médicales pluridisciplinaires (Rapport Vallencien-Juilard, janvier 2011). Une optimisation des soins intensifs est indispensable pour atteindre les objectifs. La recherche fait ensuite appel à des plateformes mutualisées (recherche clinique, et, plateformes biologiques, omiques et d’imagerie. Les axes de recherche sont représentés par les points forts du site Montpellier-Nîmes (Maladies inflammatoires et chroniques, Neurosciences  Maladies infectieuses chroniques). La recherche translationnelle est basée sur les patients parfaitement phénotypés et suivis par télémédecine. Un axe thérapeutique innovant couplé au projet est l’Institut de Biothérapie pour la médecine régénératrice. Les associations de patients sont associées à la recherche pour mieux comprendre leurs besoins et mieux les intégrer à la recherche.

 

MACVIA-LR, un chainon essentiel de l’excellence de la Région pour un avenir innovant

Le projet de site de référence "Maladies chroniques et vieillissement en bonne santé" en Languedoc-Roussillon devrait permettre à la région de devenir un site d'excellence en recherche, formation et innovation en soins pour la prise en charge des maladies chroniques et la promotion du vieillissement en bonne santé.

Fédérateur et structurant des forces régionales en santé et techniques de l'information de la communication, ainsi que des partenaires publics en privés, il aura des répercussions économiques en région, en ligne directe avec les recommandations des Nations Unies (2011), en réduisant le nombre d'hospitalisations non programmées pour maladies chroniques de 30% en 2020 et en favorisant la création de nouveaux métiers et emplois.